L’armée des ombres

Encore une semaine difficile, une de celles où l’on doit porter le chagrin des départs.
Direction Stockholm, pour changer d’air, au propre et au figuré.
50ème périple suédois, un peu la routine.
Sauf que c’est déjà mon 10ème Elitloppet (je ne fais pas mon age).
Alors forcément, obligé de regarder dans le rétroviseur de la vie.
« L’Å“il alangui vague de souvenirs », comme disait si bien la longue dame brune.

On entre à Solvalla comme on pénètre dans un sanctuaire.
La Mecque des courses.
Premiers souvenirs, le mano à mano Victory Tilly – Général du Pommeau.
Surtout, comment oublier les combats d’anthologie Varenne – Victory Tilly.
Varenne, sans doute le cheval de ma vie.
A moins que ce ne soit Jarvsofaks, celui qui rendait ivre de bonheur les tribunes de Solvalla.
Je n’ai eu les larmes aux yeux que deux fois en 30 ans de courses : quand Ourasi a quitté la scène un dimanche glacial de janvier 1990 et quand le petit cheval d’ébène faisait se prosterner tout son peuple viking.
La dévotion à ce stade, c’est magique.
J’en étais et j’y étais.
Et puis il y a ceux que l’on a vite effacés, les Jag de Bellouet et autres Let’s Go, des imposteurs qui nous ont volé nos émotions, un crime impardonnable.

Que dire cette fois : que la cuvée 2009 de l’Elitloppet était sans doute toute petite, pas une piquette, plutôt un rosé de Provence qu’on boit un soir brûlant d’un été dans le Lubéron.
Pas désagréable mais sans lendemain.
Que Torvald Palema n’est pas Gidde Palema, qu’Ake Svanstedt ne put retenir ses larmes sur le podium.
Que la meilleure impression du week end est à mettre au crédit de Main Wise As, « de la balle » comme disent les djeuns.
Qu’en gagnant d’une rue, Royale de Crépon a dû faire plaisir à Jean Philippe.
Que 30.000 poitrines ont repris le plus bel hymne du monde « je veux vivre et mourir dans le Nord ».
Que l’ovation était (presque) digne du Camp Nou.

Mais l’essentiel est-il là ?
Il faisait une canicule de folie, 27,2 degrés au plus fort de la journée.
Le matin, j ai fait trempette dans un lac, il y avait des poissons de niveau mondial dans l’aquarium … (rien à voir avec le monde de Némo).
Et l’après midi sur le champ de courses, beaucoup de jeunes filles … étaient en maillot !
Coronaires fragiles, s’abstenir.
Une très mauvaise nouvelle pour la progression de ma culture hippique … j’étais tourné du mauvais coté de la piste.

Même mon ami Jaume dégoulinait.
Un majorcain qui crève de chaud en Suède, un comble !
Quand je pense qu’il y en a qui dépensent des fortunes en études sur le réchauffement climatique.

Ne suivant que mon instinct, je me suis rué vers le plateau de TV4, spéculant sur la tenue de la très troublante présentatrice des courses suédoises, pas du tout le même genre de beauté que PJ Goetz …
Enfer et damnation : elle est enceinte jusqu’aux yeux.
Comme Audrey, comme Raphaëlle.
« C’est les hormones, çà réagit » déclame le plus célèbre des slameurs.
La maternité, c’est comme la robe fourreau, çà ne va pas à tout le monde, mais quand çà le fait « c’est top ».
« C’est top », l’expression préférée de la femme que j’ai le plus admirée ces derniers mois, Samantha Davies (tiens, je me mets à idolâtrer les anglais, j’ai dû prendre une insolation ?).

Par contre, j’ai cherché désespérément ma reporter préférée, j’aimais bien gambader sur la même planète courses qu’elle.
« J’égare un peu de ce qu’il reste de moi, au milieu de ce qu’il reste de toi » nous dit le Jean Jacques Goldman du 21ème siècle.
Le vrai, celui des années 80 du 20ème siècle, préfère cette belle formule : « nos raisons renoncent, mais pas nos mémoires »
Mon armée des ombres à moi …

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