Le bonheur, c’est toujours pour demain

Je somnole dans ce petit train blanc et rouge qui lambine vers Mikkeli.
Mikkeli, « les fantomes du souvenir ».

Par quel miracle de la vie ai-je pu découvrir ce bout du bout du monde où l’on touche des yeux l’éternité ?
J’ai vécu la passion de Varenne et sans doute me l’a t’il rendu au centuple.
Pour rien au monde, je ne manquerais Mikkeli.
Je me suis juré d’y revenir chaque année, jusqu’à mon dernier souffle.
La quiétude des lieux invite à l’introspection, douze mois déjà
Dans le domaine des courses, autant d’adrénaline dans mes veines que d’EPO CERA dans celles de Lance Armstrong, zéro virgule zéro.
La victoire de Meaulnes du Corta m’a laissé de marbre et Torvald Palema est tout sauf un crack.

Je regarde derrière les sapins qui défilent à la fenêtre, où est Varenne ?
« Il manque un temps à ma vie, il manque ton rire, je m’ennuie ».
Mon alter ego
Ici, on pense inexorablement à ceux qui nous manquent (les homo sapiens bien plus que les équidés) « tous ces petits rien qui font des bleus au coeur.
Mais comme Gabrielle Russier dont on célèbrera le 1er septembre prochain (probablement dans l’indifférence générale) le 40ème anniversaire de la disparition, « mieux vaut refermer le livre, plutôt que de le brûlerâ ».

C’est beau Mikkeli.
Je fredonne la bluette de Joe Dassin : « et maintenant qu’il faut partir, on a 100.000 choses à dire, qui prendraient trop de place pour si peu de temps ».
Tiens, il y a une fille très belle qui dort sur la banquette à ma droite ; comment dit-on « vous êtes très belle » en finnois ? Va savoir !
Elle s’est assoupie en pensant à moi, c’est certain.
« Tu viendras longtemps marcher dans mes rêves ».

Faire la route de Mikkeli, c’est magique.
Pour aller à Key West, on marche sur la mer ; ici, on danse sur les lacs.
On ne s’approche pas du paradis, on y est.
En plus, je m’épargne le purgatoire (le vrai) où je risque de poireauter pas mal de plombes, pire qu’à la Poste de Pantin !
C’est la huitième fois que je parcoure ce sentier qui mène à l’hippodrome ; moi l’enfant de la ville qui n’ait jamais inhalé que l’odeur de l’essence, que c’est doux ce parfum de résine et de bois de pin.
C’est celle du linge de mon enfance (avec la boite de Chamonix Orange au goûter).
On s’émerveille d’une broutille : les petites filles portent des bandanas vifs avec des coeurs ou des poissons.

Moi qui ne croit en rien, je ne peux m’empêcher chaque année de rentrer dans la modeste église de briques rouges.
Cette fois, il y avait des communiants ; à la fin de la cérémonie, on leur offre des montagnes de roses multicolores.
Une bien belle façon de dire « je t’aime ».
On ne s’embrasse pas, on se serre fort dans les bras, on transmet son amour comme un fluide.
Les mères écrasent une larme et les hommes retiennent leur émotion, comme si de rien n’était, parce que c’est mieux ainsi, parait-il.
C’est difficile dans la vie de faire comme si de rien n’était

« Ton amour est plus pur que le ciel d’Helsinki », cette chanson qui m’obsède depuis cette soirée à l’Olympia.
Un frisson, un vrai, pas un effet collatéral de la grippe porcine ! (remarque, avec toutes les cochonnes que j’ai fréquentées, je dois être immunisé !).

Et pour une fois, la même étincelle côté piste.
Première Steed s’est promenée, l’impression visuelle étant encore accentuée par les nouveaux sulkys Custom où, à l’instar des américains, le driver fait en permanence la planche.
Bien aidée aussi par Fama Currit et Antti Teivanen, une nouvelle victime du syndrome de Mikkeli.
Sur cette piste ultra-rapide, l’impression de vitesse est faussée (Jean Louis Labigne avoua être « à bloc » et ne pouvait pas suivre).
Le même fléau qui avait affecté Giampaolo Minucci, obligé de sortir la barre pour faire finir un Varenne aux yeux exorbités, oreilles couchées et bouche grande ouverte.

Cette fois, les premiers 500 mètres sur le pied de 1′06″5 (!) et le kilomètre en 1′08″5.
La garantie de la panne d’essence et .. du magnifique 1′09″6 pour la fille de Workaholic.
Pour un infime changement de ligne, le driver de Paradis Cordière a pris 1.200 euros d’amende, plus une semaine de prison. Il suffisait pourtant de lever le nez pour voir que l’on n’était pas à Vincennes.
JMB a drivé à la perfection (bien aidé par la faute de Photocopy) et n’a pas eu la moindre émotion, sauf peut-être en recevant le trophée d’une blonde de compétition (incontestablement les meilleurs aplombs d’une réunion comportant pourtant 11 courses).

Voilà, cette sublime balade a eu meilleur effet que le Propofol sur le coeur élimé de Bambi.
Elle a anesthésié ma mélancolie.
J’en ai même perdu le fil de ma pensée, la confusion règne dans mon crâne entre bipèdes et quadrupèdes.
Sur la route du retour vers Helsinki, il me revient en boucle la chanson éponyme. Le dernier vers, obstinément, sonne bien : « chèr(e) ami(e), à bientôt! »

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