En aout, on vit dans le futile. Tiens moi, j’ai fait la semaine avec les saints du jour et la molaire d’une brune aux beaux yeux.
« L’insoutenable légèreté de l’être. »
Sundsvall, c’est apaisant comme destination.
Une parenthèse de fraicheur dans la moiteur d’un été torride, au propre et au figuré.
Ca sent bon la rentrée des classes, les vociférations et encouragements aux quinze bipèdes tout de rose vêtus, affublés de l’effigie manga de Blanche de Castille !
A quoi tient le bonheur !
Et le malheur aussi …
Sundsvall, à jamais, c’est ce SMS assassin.
Mourir à 30 ans, c’est ignoble.
« J’ai beau serrer ta main, nous ne nous verrons pas demain ».
Et la joie aussi …
Deux ans plus tard, j’attends, aussi fébrile qu’une pucelle allant au bal des débutantes, ce SMS synonyme de vie.
« Je crois aux forces de l’esprit » lâchait, énigmatique, l’homme de la force tranquille.
Moi aussi.
J’ai le cÅ“ur léger, je vais voir Jarvsofaks, « Faksen », le cheval d’une vie, sans doute pour la dernière fois.
C’est un sentiment indescriptible, de chagrin et de joie mêlés, comme l’amour, le vrai.
3h20 de X2000, le temps de laisser divaguer ses pensées.
Le X2000, c’est un TGV qui roule à 60 km/heure et qui s’arrête dans tous les patelins où il y a une pompe à essence et un Mac Do !
Uppsala : une grosse fille avec des tresses vertes et rouges monte dans le train. Et aussi un chinois avec des petits yeux cruels.
Drôle d’époque.
Nouveau stop, Gavle : cette ville, je la connais par cÅ“ur, je l’ai arpentée au milieu de la nuit, running aux pieds, à la recherche d’un corps de rêve torpillé par les joies de l’existence.
« Je voudrais crever avant d’être moche. »
Maisons rouges, forêts, lacs, maisons rouges.
Comme on dit dans le blockbuster danyboonien « c’est le Nord ».
Soderhamn, une blonde de feu, mini jupe en jean et collants blancs : soudain, j’ai tous les symptômes de la grippe H1N1, 10 degrés dehors et 40 degrés dedans, le choc thermique.
Où j’ai mis mes comprimés de Tamiflu ?
Hudiksvall, une petite blondinette en Croks rose attend sa maman ; c’est pur l’émotion des retrouvailles.
Dans deux ou trois heures, moi aussi, avec mes Converse bleues, je retrouverai mon « Faksen » à moi.
10 ans de route ensemble, ça créé des liens …
C’est con à dire, mais c’est sur, je serai ému.
Je donnerais tout l’argent de mon Livret A du Crédit Agricole pour retrouver rien qu’une fois le bonheur de l’étreinte affectueuse de ma fée un soir de détresse.
Sundsvall, il faut avoir un sérieux grain pour aller aux courtines dans cette contrée improbable (golfe de Botnie – programme de géographie de CM2).
Dans le genre, j’ai trouvé encore plus timbré que moi : mon ami Jaume vient jusqu’ici se peler le joufflu, depuis Majorque, un endroit où à cette époque, des créatures de rêve déambulent entièrement nues sur les plages ! (il me dit qu’à la longue il est totalement blasé, un point de vue qui m’est complètement incompréhensible).
Bergsaker, un hippodrome perdu, caché derrière les collines.
Le calme plat jusqu’à l’arrivée d’une silhouette …
Murmures, applaudissements sourds, Jarvsofaks, mon ami !
Il n’a pas changé, tout juste les orbites un peu creusées par le poids des ans ; comme moi tiens !
Dernier championnat suédois des sangs froids, atteint par la limite d’age.
J’ai essayé de me raisonner, de me dire qu’il avait 15 ans désormais ; que c’est vieux 15 ans pour un cheval de course, fut-il un héros national.
Que l’un des cinq fils de l’Imperator pourrait être son Brutus ( »tu quoque mi fili »).
J’ai tenté de calmer l’ardeur de mon cÅ“ur, de me féticher.
A mon bac de philo, la question était « est il raisonnable d’aimer ? », va savoir.
Et puis la course.
Départ tête et corde.
Et puis le dernier tournant.
« Faksen » accélère et derrière … çà décroche, oui çà décroche.
Alors j’ai hurlé comme un damné.
Le premier des 19.595 damnés du jour.
Et puis après, j’ai hurlé à nouveau, plus fort.
Et puis « Faksen » a filé au poteau, les oreilles pointées vers une tribune en fusion.
Et puis après, c’est devenu très confus dans mon crane d’ordinaire si froid.
J’ai vu deux messieurs d’age avancé qui pleuraient.
J’ai vu des fans ivres de bonheur courir sur la piste avec un drapeau suédois.
J’ai vu plein de gens en larmes, des jeunes aussi.
Après 30 ans de courses dans les jarrets, j’ai retrouvé un cÅ“ur de midinette.
Je n’avais pas revu pareille émotion depuis le Prix d’Amérique 1990 d’Ourasi ou le Prix des Nations 1999 de Varenne.
5.000 km pour voir ça, j ‘aurais pu les faire à la nage.
Et puis la star est revenue et a pris sa pose de statue antique, a défilé, monté à cru, son entraineur jouant le rôle du chevalier de retour de croisades.
Tout simplement magique.
Ensuite, la victoire de bout en bout de Commander Crowe, résistant à un Torvald Palema qui paraissait pourtant devoir le manger tout cru dans le dernier tournant, avait le goût des coquillettes à la margarine après un déjeuner dans un 3 étoiles Michelin.
J’ai été saluer mon vieux champion aux écuries.
J’ai regardé le programme : 197 victoires, 10ème victoire dans ce classique, surement un record mondial.
Ca m’a semblé secondaire.
Je n’ai pas été triste, même à l’idée de se voir pour la dernière fois.
« Comme la vie est lente et comme l ‘espérance est violente ».
Je me suis posé mille questions sans réponse, j’ai espéré de toutes mes forces, j’ai humé le vent.
The answer is blowin’in the wind.











