En direct de Jägersro : Jean-Michel Bazire allume le feu(x)

Bienvenue à Malmö, ville sans charme où la seule attraction est une tour loufoque de 45 étages sortie tout droit de l´imagination d´un architecte tourmenté (ils le sont tous, je pense).
Turning Torso ressemble à ces sucettes torsadées de notre enfance, mais c´est un gratte-ciel !
Malmö, il faut être un tantinet décallé pour venir ici en villégiature ... ce que je fais depuis bien des années.
Et puis, il y a des oiseaux migrateurs (surtout des oies) partout , pour les phobiques de la grippe aviaire, une destination à oublier.

Une fois n´est pas coutume, le temps est pourri, venteux, limite glacial.
La jeune fille à coté de moi dans l´autobus portait un anorak, un été de merde on vous dit.
Quand je pense que je roule en vélo pour préserver la couche d´ozone, lundi je ressors la 504 diesel !

Hier, c´était la vente Lutfi Kolgjini, le héros local ; le top price (70.000 euros) a échu à un yearling issu de Varenne sur le lieu même des exploits du Capitano en 2002, la boucle est bouclée.
Elles sont loin les "années Varenne" et dans un trotting international qui se cherche une vedette, pas facile de garder l´énergie du premier jour après quasiment 100 groupes 1 à l´étranger dans les jarrets.
Mais la quête de la nouvelle star (comme on dit chez M6), c´est cà le bonheur, non ?

Côté piste, victoire de bout en bout dans la bonne course de 4 ans de Gift Kronos (derniers 500m sur le pied de 1´08"7).
Et dans la course des femelles, promenade de santé de Fama Currit en 1´11"7.
Point commun : tous les deux sont issus du top étalon Viking Kronos.
Sauf que Fama Currit a un modèle tellement commun (on dirait une jument de selle) que personne ne voulait d´elle, ce qui explique un prix d´acquisition dérisoire.
Le physique n´est pas tout, je le disais dans mon précédent billet (et il faut que je me le répête ce soir en ville).

Passons au Hugo Åbergs Memorial.
Lors de la cérémonie d´avant course, Jean Michel Bazire, très limité en anglais (il faut bien un point faible quand on est surdoué) se contenta de "a little chance" au sujet d´Oiseau de Feux.
Au canter, Going Kronos était splendide ; en 30 ans de courses, je n´en ai pas vu dix d´aussi élégants que lui.
Il couvre un terrain énorme à chaque battue, on dirait qu´il effleure la terre (qu´il la caresse diraient ses admirateurs).

On connait la suite, Going Kronos au grand galop dès le départ.
Devant les tribunes, Erik Adielsson se décale, ne voulant pas rester dans un (mauvais) dos.
En voyant Jean Michel Bazire lui emboiter le pas, j´ai dit à ma voisine "il va gagner" (sans y croire pourtant).
Et puis le dernier tournant pris à trois et une victoire dérisoire de facilité (derniers 500m en 1´11"2), réduction finale 1´10"9 dans des conditions peu optimales (vent de face violent).

Le cheval était déferré des quatre pieds, mais de la à le voir triompher : 33/1 gagnant pour les turfistes suédois inspirés (Fabrice Souloy, grand voyageur devant l´Eternel, n´avait pas fait le déplacement).
Oiseau de Feux gagne son premier grand trophée (car le GP de l´UET avait laissé un gout d´inachevé après la disqualification du "vrai" - ou faux - vainqueur).

Et puis il y eu l´énorme ovation à JMB, et puis la Marseillaise, et puis le tour d´honneur.
Comment ne pas être une fois de plus sidéré par le talent du pilote : quatre groupes 1 hors de france avec quatre chevaux différents !
Peut être du jamais vu.
Jean Michel Bazire est sur l´Everest de la drive, qu´on l´aime ou pas, c´est une évidence.

Finalement, il y avait du feu(x) dans cette soirée glaciale !

Philippe Beaudoux – 31 Juillet, 2007 – 21:05